Charlotte Pons Sophrologue · Montpellier
Corps & santé Article

Sophrologie et changements du corps : adolescence, ménopause

Puberté, ménopause : deux passages où le corps change sans demander l'avis de personne. Comment la sophrologie aide à réhabiter un corps qui se transforme.

Charlotte Pons, sophrologue certifiée RNCP, portrait en extérieur près de Montpellier

Par Charlotte Pons · Publié le · 8 min de lecture

Sophrologie et changements du corps : la question se pose à deux moments bien précis de la vie. À l’adolescence, quand le corps d’enfant se transforme en quelques années en un corps d’adulte qu’on ne reconnaît pas encore. À la ménopause, quand ce corps adulte, qu’on croyait acquis, se met à changer de nouveau. Deux âges très différents, une même expérience : celle d’habiter un corps qui se transforme sans avoir demandé son avis.

Deux passages, un même mécanisme

Ce qui rapproche l’adolescence et la ménopause, ce n’est pas le vécu — un ado de quatorze ans et une femme de cinquante-deux ans ne traversent pas la même chose. C’est le mécanisme.

Dans les deux cas, un bouleversement hormonal transforme le corps rapidement, de façon visible, et sans qu’on puisse le contrôler. Dans les deux cas, l’image intérieure qu’on a de soi ne suit pas au même rythme que le corps réel. Et dans les deux cas, ce décalage s’accompagne d’émotions fortes, d’un sommeil perturbé, d’une irritabilité qu’on ne s’explique pas toujours — parce que ces émotions sont, elles aussi, en partie hormonales.

C’est ce décalage qui fait souffrir, bien plus que le changement lui-même. Un corps qui change n’est pas un problème en soi. Un corps qu’on ne reconnaît plus, qu’on regarde de l’extérieur avec sévérité, qu’on cesse d’habiter parce qu’on ne s’y sent plus chez soi — c’est là que le travail commence.

À l’adolescence : un corps qui va plus vite que soi

Chez l’adolescent, tout arrive en même temps : la taille, la voix, la peau, les formes, les poils, les règles. Le corps prend de la place, attire des regards, devient un objet de comparaison permanente — dans les vestiaires, sur les réseaux, dans les remarques de la famille qui se veulent affectueuses et ne le sont pas toujours.

Ce qui frappe, en séance, c’est à quel point les adolescents observent leur corps de l’extérieur. Ils le jugent, le mesurent, le comparent. Ils en parlent comme d’un objet à corriger. Ce qu’ils ont perdu, souvent sans s’en rendre compte, c’est l’accès aux sensations : le plaisir de bouger, de respirer, de sentir son corps fonctionner — ce que les enfants ont naturellement et que la puberté vient brouiller.

Le travail avec un adolescent ne consiste pas à lui dire que son corps est très bien comme il est. Cela ne marche pas, et il le sait. Il consiste à lui redonner des sensations agréables, de l’intérieur : un exercice de relaxation dynamique qui fait sentir la force des jambes, une respiration qui apaise en trente secondes avant un contrôle, un ancrage qui lui donne l’impression d’être solide sur ses pieds. Le regard sur le corps change quand le corps redevient une source de sensations, pas seulement d’images.

J’adapte le format à l’âge, comme je le détaille dans l’article sur la sophrologie et les adolescents : séances plus courtes, plus de mouvement, moins de mots, et un cadre de confidentialité qui lui permet de dire ce qu’il ne dit pas à ses parents.

À la ménopause : un corps qu’on croyait acquis

À l’autre bout, la ménopause rejoue la même scène avec d’autres acteurs. Répartition du poids qui change, peau et cheveux différents, bouffées de chaleur qui trahissent en public, sommeil qui se fragmente, libido qui bouge. Un corps qu’on connaissait depuis trente ans se met à faire des choses nouvelles, souvent désagréables, et le miroir renvoie un visage qu’on n’attendait pas.

La différence avec l’adolescence, c’est le sens qu’on donne au changement. L’ado, malgré tout, grandit vers quelque chose. La femme ménopausée a l’impression d’aller vers une perte — de jeunesse, de visibilité, de légitimité. Ce n’est pas seulement le corps qui change, c’est la place qu’on occupe qui semble se déplacer.

Là aussi, le piège est le même : regarder le corps de l’extérieur, le juger à l’aune de ce qu’il était, cesser de l’habiter. Et là aussi, la sortie passe par les sensations. J’ai consacré à cette question un article sur l’image de soi à la ménopause, et un autre, plus large, sur la sophrologie et la ménopause — je n’y reviens pas en détail ici.

Ce que la sophrologie peut faire, dans les deux cas

Je le dis clairement : la sophrologie ne change pas le corps. Elle ne fait pas maigrir, ne ralentit pas la puberté, ne supprime pas les bouffées de chaleur. Ce qu’elle change, c’est la relation qu’on entretient avec un corps en transformation. Concrètement, trois choses.

Revenir dans le corps par les sensations. Les exercices de balayage corporel et de relaxation dynamique ramènent l’attention vers ce que le corps ressent — chaleur, poids, appui, respiration — plutôt que vers ce à quoi il ressemble. C’est un déplacement simple, et c’est le plus important : on ne peut pas habiter un corps qu’on ne fait que regarder.

Apaiser les émotions qui accompagnent le changement. Irritabilité, tristesse sans raison, anxiété diffuse : ces émotions sont en partie hormonales, et elles rendent le regard sur soi plus dur. Une respiration bien installée, pratiquée tous les jours, baisse le niveau d’alerte général et, avec lui, la sévérité du jugement intérieur.

Reconstruire de la confiance dans ce que le corps sait faire. À tout âge, le corps continue de permettre des choses : marcher, porter, danser, créer, prendre soin. La visualisation sert à remettre ces capacités au centre, à la place de l’apparence. Ce n’est pas de la pensée positive : c’est un rééquilibrage de l’attention, qui s’était fixée sur ce qui change et avait perdu de vue le reste.

Un exercice commun aux deux âges

Cet exercice fonctionne aussi bien avec un adolescent qu’avec une femme en périménopause. Il se pratique debout, les yeux ouverts ou fermés, en deux minutes.

  1. Tenez-vous debout, pieds écartés de la largeur du bassin, genoux souples. Sentez le contact des pieds avec le sol — le poids du corps qui se répartit, les appuis.
  2. Inspirez par le nez en montant lentement les épaules vers les oreilles, en serrant les poings.
  3. Bloquez la respiration deux secondes, en gardant la tension dans les épaules et les mains.
  4. Expirez fort par la bouche en relâchant d’un coup les épaules et les mains. Laissez les bras tomber lourdement le long du corps.
  5. Restez quelques secondes immobile, attentif à ce que vous sentez dans les épaules, les bras, les mains : chaleur, picotements, lourdeur.
  6. Répétez trois fois.

Ce qu’on cherche ici n’est pas la détente en elle-même, mais la sensation qui suit le relâchement. C’est cette sensation — chaude, vivante, agréable — qui rappelle que le corps n’est pas seulement une image à évaluer. C’est un exercice que j’apprends dès la première séance, et que beaucoup gardent longtemps après.

Quand la sophrologie ne suffit pas

Il faut être clair sur les limites. Un rapport au corps qui bascule dans le trouble alimentaire, la restriction sévère, l’obsession d’un défaut physique, l’automutilation, ou un mal-être qui s’accompagne d’un retrait complet, relève d’un suivi médical et psychologique — pas de la sophrologie seule. Chez l’adolescent en particulier, ces signaux ne doivent pas attendre.

Dans ces situations, la sophrologie peut accompagner un suivi existant, jamais le remplacer. Je l’explique plus largement dans l’article sur sophrologue ou psychologue, et je vous orienterai si, au premier échange, je perçois que ce n’est pas le bon outil.

Même logique quand le corps fait mal plutôt que de changer : pour les règles très douloureuses et l’endométriose, le suivi médical vient d’abord, et la sophrologie s’y ajoute — voir sophrologie et endométriose : mieux vivre la douleur.

Le corps change, la personne reste

Une dernière chose, valable aux deux âges. Ce qui rend ces passages difficiles, c’est l’impression que le changement du corps entraîne tout le reste avec lui — l’identité, la place, la valeur. C’est faux, mais il faut du temps et des sensations concrètes pour le ressentir plutôt que de le savoir.

Un adolescent qui retrouve le plaisir de bouger dans un corps qui a changé, une femme qui cesse de comparer son reflet à celui d’il y a dix ans : dans les deux cas, le corps n’est pas revenu en arrière. C’est le regard qui a bougé.

Vous traversez l’un de ces passages, ou vous accompagnez un adolescent qui le traverse ? Je propose un premier échange gratuit de 15 minutes, sans engagement, pour en parler et voir si cet accompagnement a du sens pour vous.

Questions fréquentes

Pourquoi rapprocher l'adolescence et la ménopause ?

Parce que ce sont les deux périodes de la vie où le corps se transforme le plus rapidement sous l'effet d'un bouleversement hormonal — et où ce changement se voit, s'accompagne d'émotions fortes et remet en question l'image qu'on a de soi. Les âges sont différents, les mécanismes de fond se ressemblent.

La sophrologie peut-elle aider un adolescent mal dans son corps ?

Oui, à condition qu'il en ait envie. Les séances avec un ado sont plus courtes, plus concrètes, et passent par le mouvement et la respiration plutôt que par de longs échanges. L'objectif est de lui redonner des sensations agréables dans un corps qu'il a tendance à observer de l'extérieur, avec sévérité.

Et si le mal-être corporel est plus profond — troubles alimentaires, dysmorphophobie ?

Dans ce cas, la sophrologie ne suffit pas et ne doit pas être le seul recours. Un suivi médical et psychologique est nécessaire, et la sophrologie peut éventuellement l'accompagner, en accord avec les professionnels qui suivent la personne. Je vous orienterai si je perçois ce type de situation.

Combien de temps faut-il pour se sentir mieux dans son corps ?

C'est un travail progressif, sur plusieurs séances, dont le rythme dépend beaucoup de la personne et de la période. On sent souvent les premiers effets sur la détente et le sommeil rapidement ; le changement de regard sur soi, lui, s'installe plus lentement.

Envie d'aller plus loin ?

Un premier échange de 15 minutes, gratuit et sans engagement, pour voir si la sophrologie peut vous aider dans votre situation.