Charlotte Pons Sophrologue · Montpellier
Enfants & adolescents Article

Sophrologie et sommeil de l’enfant : un coucher apaisé

Coucher qui s’éternise, peurs du soir, réveils : trois exercices de sophrologie à faire avec votre enfant pour dormir, et ce qui relève du pédiatre.

Charlotte Pons, sophrologue à Prades-le-Lez, guide un temps de détente avec des enfants installés sur le canapé du cabinet

Par Charlotte Pons · Publié le · 9 min de lecture

Le verre d’eau, puis le pipi, puis le bruit dans le placard : le coucher s’étire et la maison n’en finit pas de s’endormir. La sophrologie ne fera pas dormir un enfant sur commande, mais elle peut rendre ce moment plus calme, pour lui comme pour vous. Voici ce qu’elle apporte au sommeil de l’enfant, trois exercices à faire ensemble, et ce qui relève d’abord du pédiatre.

Une précision avant de commencer : la sophrologie ne traite pas les troubles du sommeil. Elle aide un enfant à passer plus sereinement du jour à la nuit, en complément de l’avis de votre médecin quand il y a un doute.

Pourquoi le coucher coince

Pour un enfant, s’endormir demande deux choses qui ne vont pas de soi.

Passer de l’agitation au calme. La journée a été pleine : l’école, les copains, les écrans parfois, les émotions pas encore digérées. Le corps reste « allumé » alors qu’on lui demande de s’éteindre d’un coup. Paradoxalement, un enfant très fatigué est souvent plus agité, pas moins : la fatigue le surexcite au lieu de l’apaiser.

Se séparer de vous. Le coucher, c’est aussi le moment où l’on se quitte pour plusieurs heures. Les demandes à répétition sont souvent une façon de retarder cette séparation, pas une provocation.

S’y ajoutent les peurs du soir — le noir, les bruits, les monstres sous le lit —, très fréquentes pendant l’enfance. Elles ne sont pas un signe que quelque chose ne va pas : elles accompagnent le développement de l’imaginaire. Le même imaginaire qui fabrique le monstre peut d’ailleurs fabriquer le refuge, et c’est précisément ce que la sophrologie utilise.

Ce que la sophrologie apporte au sommeil de l’enfant

Elle ne fait pas dormir. Elle crée les conditions pour que le sommeil arrive, en agissant sur trois appuis :

  • la respiration, qui ralentit quand l’expiration s’allonge et envoie au corps un signal de sécurité ;
  • le corps, qui apprend à passer de la tension à la lourdeur ;
  • l’imaginaire, qui occupe l’esprit avec une image rassurante au lieu de repasser la journée ou d’inventer des dangers.

Il y a un quatrième appui, qu’on oublie souvent : votre propre calme. Un enfant se règle beaucoup sur l’adulte qui le couche. Une voix lente, un souffle posé, des gestes qui ne pressent pas font une bonne partie du travail. C’est pourquoi les exercices ci-dessous se font à deux.

Les principes sont les mêmes que chez l’adulte, décrits dans les exercices de sophrologie pour le sommeil ; ce qui change, c’est la forme : plus courte, plus imagée, et accompagnée.

Un rituel du soir apaisé

L’exercice n’agit bien que s’il s’inscrit dans un rituel stable. Quelques repères :

  • Toujours le même ordre. Bain ou toilette, pyjama, histoire, exercice, lumière éteinte. La prévisibilité rassure : l’enfant sait ce qui vient, et son corps s’y prépare.
  • Des écrans éteints bien avant le coucher. Leur lumière et leur rythme retardent l’endormissement ; mieux vaut un moment calme sans écran que de négocier au dernier moment.
  • Un rituel court. Vingt à trente minutes en tout, pas davantage. Un rituel qui s’allonge chaque soir devient lui-même une façon de retarder la séparation.
  • L’exercice en dernier. C’est la dernière chose que vous faites ensemble avant de quitter la chambre, pour qu’il devienne le signal « maintenant, on dort ».

Pour les peurs du soir, un petit geste ajouté au rituel aide souvent : la boîte à soucis. Votre enfant « dépose » ce qui l’inquiète dans une boîte — en le disant, ou en le dessinant sur un papier qu’il glisse dedans — et vous refermez le couvercle ensemble. La boîte garde les soucis pour la nuit ; on pourra les reprendre demain si besoin.

Trois exercices à faire ensemble au moment du coucher

Ces exercices se font dans le lit, lumière douce ou éteinte, avec vous assis à côté. Choisissez-en un pour commencer, et gardez-le au moins deux semaines avant d’en changer : c’est la répétition qui l’installe.

1. Le doudou qui monte et qui descend

Durée : 2 à 3 minutes. Position : allongé sur le dos.

  1. Votre enfant pose son doudou (ou une petite peluche) sur son ventre.
  2. Il inspire doucement par le nez : le ventre gonfle comme un ballon, et le doudou monte.
  3. Il expire lentement par la bouche, comme s’il soufflait sur une plume : le ballon se dégonfle, le doudou redescend.
  4. Vous comptez à voix basse, lentement : « le doudou monte… deux, trois… il redescend… deux, trois, quatre, cinq ».
  5. Faites huit à dix respirations, en laissant la voix se ralentir au fil des cycles.

Le doudou rend la respiration visible, ce qui la transforme en jeu. Si votre enfant force et gonfle la poitrine, n’insistez pas sur la technique : proposez-lui juste de « bercer le doudou tout doucement ».

2. Le voyage du nuage

Durée : 4 à 5 minutes. Position : allongé, yeux fermés s’il le veut bien.

  1. Après quelques respirations calmes, proposez-lui d’imaginer un nuage tout doux qui arrive près de son lit. Il choisit sa couleur.
  2. Il s’installe dessus. Le nuage est moelleux, tiède, il le tient bien : on ne peut pas tomber.
  3. Le nuage s’élève lentement et voyage au-dessus d’un paysage qu’il aime — la mer, une forêt, un jardin. Décrivez-le avec quelques détails, d’une voix lente, en lui laissant la place de compléter.
  4. À chaque expiration, son corps devient un peu plus lourd dans le nuage.
  5. Le nuage redescend tout doucement et se pose sur son lit. Il y reste, il gardera le nuage pour la nuit.

Gardez le même voyage d’un soir à l’autre, avec de petites variations : c’est en revenant au même endroit que l’image devient un refuge. Le principe de ce type d’exercice est expliqué dans la visualisation positive.

3. Éteindre les lumières du corps

Durée : 3 à 4 minutes. Position : allongé.

  1. Expliquez-lui qu’il y a une petite lumière allumée dans chaque partie de son corps, qui a travaillé toute la journée.
  2. Vous nommez les parties une par une, en commençant par les pieds : « on éteint la lumière des pieds… ils deviennent lourds et tout chauds ».
  3. Remontez lentement : les jambes, le ventre, le dos, les mains, les bras, les épaules, le cou, le visage.
  4. Laissez une ou deux respirations entre chaque partie.
  5. Terminez par : « toutes les lumières sont éteintes, ton corps se repose ».

Beaucoup d’enfants s’endorment avant d’arriver aux épaules. C’est exactement le but : inutile de finir.

Les peurs du soir et les réveils la nuit

Face à une peur, deux réflexes fonctionnent mal : se moquer (« les monstres n’existent pas, arrête ») et entrer dans le jeu en inspectant chaque placard, ce qui confirme qu’il y avait quelque chose à vérifier. Ce qui aide davantage, c’est d’accueillir l’émotion (« tu as peur, je comprends »), puis de proposer un outil : la respiration du doudou, le nuage, la boîte à soucis.

Pour les réveils nocturnes, la règle est la même : une réponse calme, brève, à voix basse, sans rallumer la grande lumière. Quelques respirations ensemble, puis vous ressortez. Deux phénomènes sont à distinguer. Le cauchemar réveille l’enfant, souvent en deuxième partie de nuit ; il se souvient de son rêve et a besoin d’être rassuré. La terreur nocturne survient plutôt en début de nuit : l’enfant crie, semble éveillé mais ne vous reconnaît pas, et ne s’en souvient pas le lendemain. Dans ce cas, ne cherchez pas à le réveiller : restez près de lui pour éviter qu’il ne se blesse, et laissez l’épisode passer.

Les émotions de la journée pèsent souvent sur la nuit ; si c’est le cas chez votre enfant, l’article sur les émotions de l’enfant vous donnera d’autres pistes.

Ce qui relève d’abord du pédiatre

La sophrologie ne remplace pas un avis médical. Consultez votre pédiatre ou votre médecin traitant si vous remarquez :

  • des ronflements réguliers, plusieurs nuits par semaine, surtout avec des pauses respiratoires, une respiration bouche ouverte, des sueurs ou un sommeil très agité ;
  • une fatigue marquée en journée, un enfant qui s’endort en classe, ou au contraire une agitation et des difficultés de concentration nouvelles ;
  • des terreurs nocturnes très fréquentes, plusieurs fois par nuit, qui persistent, ou des épisodes où il se met en danger ;
  • des pipis au lit qui reviennent alors qu’il était propre depuis plusieurs mois ;
  • des cauchemars répétés après un événement difficile, ou des peurs qui envahissent aussi la journée ;
  • un endormissement très difficile presque tous les soirs depuis plusieurs semaines, malgré un rituel stable.

Et ne donnez ni mélatonine ni complément « pour dormir » sans en avoir parlé au médecin.

En séance, comment je travaille le sommeil avec un enfant

Le premier rendez-vous se fait avec vous : on regarde ensemble comment se passent les soirées, ce qui bloque, ce qui a déjà été essayé. Ensuite, votre enfant découvre les exercices en séance, de façon ludique — un peu de mouvement pour décharger, puis un temps calme guidé par la voix — et repart avec celui qui lui plaît le plus, que je vous montre aussi pour que vous puissiez l’accompagner le soir. La façon dont se déroule une séance avec un enfant est détaillée dans l’article sur la sophrologie pour enfant, les formats par âge sur la page enfants et adolescents, et les tarifs sur la page séances et tarifs. Pour d’autres jeux à placer ailleurs dans la journée, voyez les exercices de sophrologie pour enfant.

Si les soirées sont devenues une épreuve à la maison, parlons-en : je vous propose un premier échange gratuit de 15 minutes, sans engagement, pour faire le point sur le sommeil de votre enfant et voir ensemble ce qui pourrait l’aider.

Questions fréquentes

Mon enfant refuse de faire l’exercice, que faire ?

Je ne le forcerais pas. Faites-le vous-même, à voix haute, à côté de lui : beaucoup d’enfants finissent par s’y joindre d’eux-mêmes au bout de quelques soirs. Et laissez-le choisir : le doudou, la couleur du nuage, l’ordre des lumières à éteindre.

Au bout de combien de temps voit-on une différence ?

Certains enfants se détendent dès le premier soir, d’autres ont besoin de deux ou trois semaines pour que le rituel devienne un signal d’endormissement. En séance, je compte en général cinq à huit rendez-vous, espacés de deux à trois semaines, avec une pratique courte à la maison entre chacun.

Peut-on utiliser ces exercices lors d’un réveil nocturne ?

Oui, en version courte : quelques respirations du doudou, à voix basse, sans rallumer la lumière. L’important est que votre réponse reste calme et brève, pour que la nuit ne devienne pas un moment d’échange animé.

La sophrologie peut-elle remplacer un avis médical sur le sommeil ?

Non. Je n’évalue pas la qualité du sommeil d’un enfant et je ne pose aucun diagnostic. Si vous avez un doute — ronflements, fatigue inhabituelle, réveils très agités —, voyez d’abord votre pédiatre ; la sophrologie pourra ensuite accompagner le coucher en complément.

Envie d'aller plus loin ?

Un premier échange de 15 minutes, gratuit et sans engagement, pour voir si la sophrologie peut vous aider dans votre situation.